Le projet Safran Sailing Team vu par Marc Guillemot, le skipper de Safran
"Une vraie confiance et des valeurs partagées"
Le projet de sponsoring nautique de Safran est totalement inédit dans le milieu de la course au large. Il n’y a pas d’autres sponsors qui s’impliquent de cette façon dans l’optimisation du bateau. Marc Guillemot raconte cette efficace originalité…

© DPPI / Eric Rousseau / Safran
Marc, raconte-nous ta rencontre avec Safran…
Marc Guillemot : C’était en 2005. La première fois que j’ai entendu le nom de ce groupe industriel, Safran, je me suis dis que ça ne pouvait être que bon signe… La démarche a été un peu particulière et novatrice car c’est Safran qui a choisi de s’engager dans la voile, puis de cibler le Vendée Globe et l’Imoca (International Monohull Open Class Association). Une fois l’objectif défini, Safran a établi un casting de skippers. De mon côté, je voulais courir le Vendée Globe et j’avais déjà beaucoup travaillé avec les architectes Vincent Lauriot Prévost et Guillaume Verdier. J’ai été contacté, au même titre que d’autres marins qui avaient le même projet. Je me suis retrouvé dans la short-list où nous n’étions plus que trois skippers, aux parcours différents. Lors de mon rendez-vous avec Jean-Paul Béchat, alors Président du directoire de Safran, nous nous sommes trouvés complètement en phase, alors que nous nous connaissions à peine : sur la démarche, le projet et comment le mener à bien. Mais aussi sur des valeurs communes. Après ce rendez-vous, nous étions tellement en accord que j’étais persuadé que je serai choisi. Ce qui a été le cas.
Des valeurs communes entre le marin et le Groupe ?
M.G. : Absolument ! La première approche était vraiment intéressante et nous nous sommes très rapidement découverts des points communs, car il en existe beaucoup entre le monde des bateaux à voile et l’aéronautique : par exemple quand on parle gain de masse ou de conception, des deux côtés on sait de quoi il s’agit, car c’est un objectif permanent. Sur de nombreux sujets, nous nous sommes rendu compte que nous partagions les mêmes valeurs humaines d’engagement, de combativité et de courage. Notamment, l’idée, portée par l’esprit d’équipe, que j’avais pour former mon équipe était assez similaire de l’approche de travail de Safran. Plus on avançait, plus la confiance grandissait entre nous. L’idée de faire travailler ensemble des petites structures comme mon équipe ou celles des architectes avec un grand groupe international comme Safran pouvait faire peur au début. Mais très vite, nous avons été mis en confiance : nous étions respectés et écoutés. C’est un point très important, car le chef de projet de Safran m’a confié très vite de nombreuses responsabilités.

© DPPI / Eric Rousseau / Safran
« Une grande force »
Peu de sponsors apportent autant de savoir-faire et de moyens qui servent concrètement et directement à améliorer les performances du bateau...
M.G. : C’est en effet un cas unique. Beaucoup de ce qui contribue aux performances du bateau n’aurait jamais existé sans, les technologies ni les moyens humains apportés par Safran. Il y a des éléments visibles comme les safrans, la quille en titane, le rail de mât en carbone tissé 3D... mais il y a aussi beaucoup de choses qui ne se voient pas et qui sont pourtant très, très précieuses. Les moyens de calculs dynamiques ont par exemple été déterminants pour concevoir la nouvelle quille et le nouveau mât. Cela nous a permis de faire un bateau léger et performant, et d’optimiser encore ce bateau qui était devenu le bateau-référence pour une grande partie des IMOCA construits depuis. Mais au-delà des technologies et des savoir-faire, ce que je retiens surtout c’est l’implication humaine des salariés du Groupe, toujours volontaires pour aider à l’amélioration du bateau en performance et en fiabilité. Dès le début de l’aventure, les relations entre nous ont été très constructives. Safran a fait preuve d’une grande ouverture en acceptant la collaboration de spécialistes extérieurs. Le travail transversal qui a été fait sur le nouveau mât en est un très bon exemple : un grand groupe qui fait travailler ensemble des architectes, des cabinets de calculs, et les gars de mon équipe… Tout le monde se respecte et avance pas à pas, c’est une grande force !
Tes plus belles courses à bord de Safran jusqu’ici ?
M.G. : Il y en a tellement ! Le Vendée Globe 2008/2009 a été magique, très riche à tous les points de vue : technique, physique, psychologique... Les deux Transat Jacques Vabre ont été également très positives (2e et 1er, ndr). J’ai encore de grands souvenirs de La Route du Rhum, de La Transat Anglaise... Pour résumer, je dirai toutes les courses où il y a vraiment eu du combat et de l’engagement.
Ton deuxième Vendée Globe sur Safran, dans six mois, comment l’imagines-tu ?
M.G. : Grâce au travail réalisé commun, le bateau sera encore plus abouti. Le Safran 2012 est bien plus performant que le Safran 2008 ! Si nous pouvions les faire courir l’un contre l’autre, ce serait très spectaculaire. Notre réussite à tous c’est que notre bateau, conçu en 2006, est redevenu aussi performant que les tout derniers bateaux construits, justement grâce à ce travail d’amélioration et d’optimisation de tous les instants. Je vais donc partir sur un bateau que je connais bien, qui est à la fois abouti, fiable et performant. L’idée est toujours la même : progresser à tous les niveaux, résultat compris. Et quand tu es déjà monté sur le podium de ce Vendée Globe (3e en 2009, ndr), tu as forcément envie de gravir encore une marche, voire deux ! Mais on sait bien que pour cela, avant de songer à gagner il faut d’abord boucler ce tour du monde en solitaire et arriver aux Sables d’Olonne. C’est la première priorité.






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